Turbulences

Rencontre inattendue avec un hélicoptère, un appareil de l’Armée de l’Air et un Beluga lors d’un vol de reprise.‎‎ ‎‎‎‎‎‎‎‎‎‎‎‎‎‎‎‎ ‎‎‎‎‎‎‎

Après un mois cloué au sol par une météo capricieuse, ce 3 décembre marque mon retour tant attendu dans les airs. Le ciel m’avait manqué, et cette journée fraîche d’hiver s’annonçait parfaite pour renouer avec les sensations du vol : 10°C au thermomètre, un vent calme de 3 nœuds et une visibilité exceptionnelle de plus de 10 kilomètres. Le plafond entre 8 et 10 000 pieds me laisse tout l’espace nécessaire pour évoluer sereinement dans les airs.

Mon plan est clair : un départ de La Baule pour une navigation vers Redon en longeant l’estuaire de la Vilaine, quelques touchés à Redon, puis cap sur St-Nazaire pour d’autres manœuvres, avant de revenir à La Baule pour conclure cette sortie. Une navigation d’environ 1h30 qui promet d’être une remise en jambe parfaite afin retrouver mes repères et de savourer le plaisir simple de survoler les paysages d’hiver.

Le plaisir de retrouver les airs

Arrivé à l’aérodrome vers 13h, je croise un élégant Van’s Aircraft RV-7 qui roule déjà vers la piste en service. Le pilote me salue d’un geste de la main, signe de camaraderie – de fraternité même – qui unit tous les amoureux du ciel.

Trente bonnes minutes plus tard, je décolle sans encombre dans un air calme et profitant très vite d’une visibilité parfaite.

Remontée de la Vilaine

Bientôt, La Baule s’éloigne sous mes ailes. Peu d’avions volent aujourd’hui et la fréquence radio reste bien silencieuse. L’estuaire de la Vilaine se dessine au loin, un ruban argenté serpentant dans le paysage hivernal.

Pont Suspendu de La Roche-Bernard

L’excitation de reprendre les airs se mêle à la sérénité du moment, un mélange unique qui me rappelle pourquoi j’aime tant voler.

Redon : un hélicoptère pour compagnon de piste

En arrivant au sud de Redon, j’effectue mon annonce radio comme d’habitude. Aucune réponse mais je ne suis pas surpris. Le terrain est en auto-information et en hiver, d’autant plus semaine, les appareils se font plutôt rares.

Arrivée à Redon

Pourtant, en arrivant à la verticale du terrain, j’aperçois un hélicoptère en vol stationnaire aux abords de la piste. J’annonce à la radio que j’ai visuel sur l’appareil et quelques instants plus tard, le pilote me contacte par radio pour m’annoncer ses intentions : des tours de piste, comme moi. Nous allons devoir partager l’espace.

Je m’intègre en piste 04 main gauche pour mon premier touché. Tout se passe comme prévu : un touché propre, et l’hélicoptère suit juste après moi. J’entame mon second tour de piste tandis que l’hélico translate pour se positionner quelques mètres à gauche de la piste, en vol stationnaire. Pour éviter tout risque, j’annonce à la radio que je remettrai les gazs au seuil de la piste 04 : c’est l’occasion de pratiquer un peu l’exercice.

En tour de piste à Redon

Pour de mon troisième et dernier tour de piste, je touche à nouveau la piste avant de virer par la droite en montée initiale avant de reprendre ma route vers St-Nazaire. Ces manœuvres en coordination avec l’hélicoptère sont un bel exercice de gestion et de précision, et me rappellent que chaque vol offre son lot de défis inattendus.

St-Nazaire : entre le Beluga et l’armée de l’air

Le transit dans la CTR de St-Nazaire change complètement l’ambiance. Cette fois, la fréquence est bien plus animée. Un callsign peu commun attire mon attention : “French Air Force 9210”. L’appareil, immatriculé F-RACH, est un Beech King Air 350ER de l’Armée de l’Air et de l’Espace. Cet avion léger de surveillance et de reconnaissance (ALSR), basé à Cognac, demande l’autorisation d’effectuer un touché avant de poursuivre sa route.

Donges depuis la CTR de St-Nazaire

Quelques instants plus tard, une autre annonce capte mon attention : un Beluga XL met ses moteurs en route et demande l’autorisation de rouler vers la piste. Lorsque j’arrive en début de vent arrière piste 07, le géant des airs roule déjà vers la piste.

Le Beluga au roulage

Les échanges avec la tour se multiplient et ma charge de travail augmente.

  • Je suis concentré sur mon pilotage et m’applique à maintenir 1000 pieds tout en réduisant ma vitesse,
  • Je gère les communication radio qui participent à consolider ma conscience de la situation (situation awarness). La controleuse m’annonce que je ferai un 360° par la droite pour laisser les turbulences de sillage se dissiper.
  • Je garde un œil sur le Beluga pour profiter de ces courts instants.
Alignement du Beluga

Arrivé en fin de vent arrière, le Beluga mets les gazs et s’élance sur les 2,4 km d’asphalte. Bien que trop éloigné pour entendre son vacarme, j’imagine sans peine le grondement impressionnant de ses réacteurs déchirant l’air. Une poignée de secondes plus tard, l’imposant appareil effectue sa rotation et prend son envol. À mesure qu’il s’élève et s’éloigne dans le ciel, ce géant blanc semble progressivement perdre de sa majesté, devenant presque petit et fragile, absorbé par l’immensité du ciel qui l’entoure.

Décollage !

Après un premier 360°, la controleuse me propose de tourner en base mais je lui suggère d’en réaliser un second pour augmenter ma marge de sécurité. Avec un ULM léger comme le mien, mieux vaut ne pas plaisanter avec les turbulences laissés par un appareil de cette envergure.

Une fois le ciel redevenu plus calme, j’effectue mon touché prévu et reprends ma navigation vers La Baule, l’esprit encore émerveillé par cette rencontre avec l’un des avions les plus singuliers.

Retour à La Baule : une fin en douceur et des souvenirs pleins la tête

La transition entre les fréquences de St-Nazaire et de La Baule marque l’approche de la dernière étape de ce vol. Sur la fréquence de La Baule, j’entends un appareil en montée initiale annoncer son départ. Quelques secondes plus tard, je le croise sur une trajectoire opposée mais suffisamment éloignée pour éviter tout conflit.

De retour dans le circuit de La Baule, je retrouve Fred, mon instructeur, en plein vol d’instruction avec un élève. Je réalise deux touchés soignés avant mon atterrissage final sur la piste 11, concluant ainsi cette sortie de reprise riche en événements aéronautiques.

En coupant le moteur, je savoure ce que ce vol d’1h30 m’a offert : une bouffée d’oxygène après un mois d’absence, des manœuvres techniques et des rencontres improbables. Du gigantesque Beluga, en passant par un hélicoptère joueur et un discret avion militaire, cette journée restera dans mon carnet de vol comme un parfait exemple de la richesse et de l’imprévisibilité qui font tout le sel de l’aviation légère.

Write a Comment

Leave a Comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *