Retour sur mon vol d’initiation en planeur et sur mon expérience 12 ans plus tard.
Le retour de notre séjour dans le sud-ouest nous mène, ma compagne et moi, à faire une pause près de Niort. C’est par hasard que nous nous arrêtons devant le club de vol à voile local, où nous déballons nos sandwichs. Sous le soleil de juillet, nous contemplons le ballet des planeurs qui s’élancent dans le ciel. Notre pause tranquille est interrompue après une vingtaine de minutes, lorsqu’un membre du club vient à notre rencontre :
C’est votre jour de chance, aujourd’hui c’est une journée spéciale !
Il nous explique que la fédération française de vol à voile organise les journées « Ça plane pour elles » ce weekend là. Il s’agit de faire découvrir le vol en planeur avec un tarif très attractif pour les femmes, afin de leur donner envie d’apprendre à piloter un planeur.
L’Aéro-club des Deux Sèvres a décidé de s’associer à cette action pour la cinquième année consécutive.
L’occasion est trop belle pour la laisser filer, on est partant pour faire notre baptême planeur en duo !
Pré-vol
Après quelques formalités administratives, on nous amène proche de la zone en herbe qui fait office de parking et où sont alignés les planeurs, tels des oiseaux prêts à prendre leur envol.
Les rotations se font à un bon rythme et il y a un peu de monde en ce dimanche.

Un quart d’heure d’attente, juste assez pour que l’adrénaline commence à circuler dans mes veines et que la pression s’installe progressivement.
C’est bientôt votre tour !
Nous lance un membre du club depuis la zone de départ.
En effet, quelques minutes plus tard, on nous invite à participer à l’effort collectif pour déplacer les machines sur la piste.

Ma compagne et moi nous approchons chacun de nos montures, accueillis par nos pilotes respectifs.
Mon pilote du jour, la cinquantaine bien tassée et au regard assuré, me tend un parachute que j’enfile à la hâte et dont il m’explique rapidement le fonctionnement.
Ses explications sur son utilisation sont brèves mais précises – nous savons tous deux qu’il vaut mieux ne jamais avoir à mettre en pratique ces instructions.

Je me glisse dans l’habitacle étroit et le pilote attache mes harnais. Ce n’est ni véritablement confortable, ni franchement inconfortable : c’est sommaire. Tant au niveau de la place disponible que des instruments. Mais le principal est là : anémomètre, altimètre, compas, radio et, bien sûr, le précieux variomètre – ce témoin indispensable des courants ascendants et descendants qui dicteront notre voyage.

La verrière se referme doucement et se verrouille dans un claquement sec, nous isolant soudain du monde extérieur. Les sons deviennent feutrés, comme si nous étions déjà entrés dans une autre dimension.
Un des membres du club attache le câble de remorquage au point d’accroche sous le nez du planeur, puis nous fait un pouce levé – signal universel que tout est prêt.
En quelques minutes à peine, nous sommes parés au départ.
Nouveau monde
Mon pilote m’explique rapidement comment le vol va se passer et donne son « go ! » à la radio.
Le DR-400 du club fait vrombir son moteur et nous voilà tractés sur l’herbe courte du terrain de Niort.
Même sans moteur, le décollage est assez bruyant. L’appareil accélère sur l’herbe et le bruit du vent sur la verrière se fait de plus en plus présent à mesure qu’on prend de la vitesse.
Soudain, nous décollons et le calme relatif revient dans le cockpit. Ne reste que le sifflement de l’air dans les quelques interstices de la machine. Un fil de laine collé à la verrière danse devant nous, indicateur rudimentaire mais efficace de la qualité du vol.

Je découvre un tout autre monde avec ses codes et ses lois propres, mais soumis comme le nôtre à cette vérité fondamentale : ce qui s’élève finira toujours par redescendre. Le compte à rebours est désormais lancé :nous ne pourrons rester en l’air indéfiniment et c’est à nous de faire durer ce vol aussi longtemps que possible.
À environ 600 mètres d’altitude, mon pilote décroche le câble de remorquage. Une secousse légère, et nous voilà libres. Très vite, nous nous mettons en virage pour exploiter une colonne d’air ascendante repérée sous un imposant cumulus.

Rencontre en altitude
Nous sommes 3 planeurs à évoluer sous ce cumulus qui nous sert d’ascenseur naturel.
Au bout de quelques minutes à tourner en rond, mon pilote remet les ailes à plat et se rapproche de l’appareil voisin dans lequel se trouve ma compagne.

Nous volons côte à côte une petite minute puis mon appareil vire vers la droite. La grande verrière offre une vue incroyable sur le paysage niortais. En place avant, j’ai l’impression de flotter dans le ciel, séparé du vide par une fine et unique paroi de Plexiglas.
La force centrifuge me plaque au fond de mon siège : 1,5 à 1,8G à chaque virage serré.
Ces virages me semblent interminables, usants même si nécessaires pour rester dans les courants ascendants.
Entre le soleil qui tape, les virages qui s’enchaînent, un coup à droite, un coup à gauche et la pesanteur qui varie constamment, le mal de l’air s’installe rapidement.
Au bout d’un quart d’heure, je commence à ne pas me sentir très bien.
Mon pilote – ayant l’habitude – capte les signaux et ralentit le rythme.
La suite du vol se déroule dans un équilibre précaire entre profiter de l’instant présent et une concentration constante pour garder mon sandwich dans mon estomac.
Retour sur le plancher des vaches
Après 40 bonnes minutes de vol, cap sur le terrain.
Sachant que la délivrance est proche, je me détends un peu pour profiter pleinement de la fin du vol.
Le retour au terrain est une étape critique : sans moteur pour une éventuelle remise des gaz, il faut réussir l’atterrissage quoi qu’il arrive.
Heureusement, à mesure qu’on se rapproche du terrain, la piste qui semblait minuscule il y a encore 30 secondes apparaît désormais comme une solution de plus en plus crédible.

Mon pilote gère son taux de descente à l’aide des aérofreins et nous plongeons franchement vers le début de la piste. Grâce à l’effet de sol, notre machine parcourt encore une bonne centaine de mètres, flottant à quelques dizaines de centimètres du sol, prolongeant ainsi encore un peu notre balade.
L’atterrissage est plus impressionnant que le décollage : à l’instant où nos roues touchent le sol, le bruit de roulement retentit à nouveau et nous sommes projetés vers l’avant à cause de l’herbe qui freine sérieusement notre machine.

Le vol à voile : entre poésie et solidarité
Ce baptême en planeur m’a fait découvrir une dimension différente du vol. Contrairement au vol moteur, le planeur exige une symbiose parfaite avec les éléments naturels. C’est un art de l’économie, de la patience et de l’observation. Il faut être constamment à l’affût de son environnement, se battre pour rester en l’air et ne jamais lâcher.
Ce qui m’a particulièrement marqué, c’est l’esprit d’équipe qui règne sur ces plateformes. Sans l’effort collectif pour déplacer les appareils, les mettre en piste, les remorquer puis les ranger, aucun vol ne serait possible. Le vol à voile est peut-être la discipline aéronautique qui demande le plus de solidarité entre ses pratiquants.
Malgré mon mal de l’air ce jour-là, cette expérience a semé en moi une graine de curiosité pour cette discipline exigeante.
Second vol 12 ans plus tard
12 ans plus tard, je me risque à tenter une nouvelle fois l’aventure, en solo cette fois.
Courant juin 2024, je rejoins le terrain de Montaigu pour un vol d’initiation.
À ce moment, j’ai presque 100 heures de vol sur mono-moteur et je compte bien sur cette expérience pour être moins sujet au mal de l’air.
C’est un jeune pilote – mais tout de même expérimenté – qui m’accueille.
J’attends une vingtaine de minutes installé dans l’appareil, observant les planeurs qui nous précèdent prendre leur envol.
Puis c’est à nous. Le moteur du DR301 tout neuf du club rugit et le remorquage commence.
Nous décollons à mi-piste, quelques secondes avant le DR301 qui s’élève lentement mais sûrement.
Nous passerons au-dessus du petit bois en bout de piste :
Il faut lever les pieds !
Lance mon pilote.
Ce jour-là, la visibilité est très bonne et le plafond est à environ 2500 pieds : les conditions sont idéales pour créer des thermiques puissants, mais cette chaleur accentue aussi mon inconfort.
Les virages se succèdent et progressivement, le mal de l’air s’installe à nouveau.
C’est frustrant de ne pas pouvoir profiter au maximum mais peut-être que – comme en voiture – être aux commandes permet de limiter ce mal de l’air.
Devenir un meilleur pilote
Douze ans séparent ces deux vols, mais la magie reste intacte. Le planeur offre une expérience de vol pure, dépouillée des artifices technologiques. C’est un retour à l’essence même du vol : une danse avec les éléments et les courants invisibles.
Malgré mon mal de l’air, je ne peux m’empêcher d’admirer la finesse de cette discipline. Chaque phase du vol en planeur requiert une attention particulière, une lecture constante des signaux que nous envoie la nature.
Je me laisse encore un peu de temps pour, peut-être un jour, passer mon brevet de planeur. Ce serait une belle complémentarité à ma pratique du vol moteur et probablement un jalon important dans ma quête de devenir un meilleur pilote.