Premier vol de 2h vers l’Île d’Yeu et les Sables d’Olonne.
Nous sommes dans une belle journée d’octobre, où le soleil brille, la visibilité est exceptionnelle et le vent pratiquement nul. Il est 14 heures et je prends place dans l’appareil pour un vol vers le sud. C’est le vol des nouvelles fois : premier vol vers une île, première traversée maritime et première visite aux Sables d’Olonne. J’ai bien préparé mon itinéraire : tracé sur carte, sauvegardé sur mon iPad et même prévu un backup sur mon téléphone. Cette aventure promet d’être mémorable.
Première étape : Noirmoutier
Je décolle de la piste 11 de La Baule dans des conditions optimales. Immédiatement après, un virage à droite m’amène au-dessus de la Baie de la Baule. Ce trajet initial offre au moteur le temps nécessaire pour atteindre sa température optimale, un rituel rassurant avant de s’attaquer à une étape plus exigeante : le franchissement de l’estuaire de la Loire. Je grimpe vers 2500ft et m’élance vers le sud de la Loire.
Je longe la Baie de Bourgneuf, enchaînant les panoramas : La Plaine-sur-Mer, Pornic, La Bernerie-en-Retz, puis Les Moutiers-en-Retz et Bourgneuf-en-Retz. Ces noms résonnent familièrement, mais tout est différent vu du ciel : les distances, les perspectives, les couleurs.
Bientôt, je vire vers l’ouest, en direction du bas de l’île de Noirmoutier, prêt à me jeter dans l’inconnu. La visibilité exceptionnelle de cette journée me permet de repérer l’Île d’Yeu alors même que je n’ai pas atteint Noirmoutier.
C’est une première pour moi. Jamais auparavant je n’avais volé aussi loin au sud. Ce vol me permet de découvrir de nouveaux paysages et marque une nouvelle étape dans ma vie de pilote.
L’Île d’Yeu
Je longe la côte jusqu’à Notre-Dame-des-Monts, où les plages et forêts côtières offrent un spectacle saisissant vu du ciel. Progressivement, je prends de l’altitude. À 4000 pieds, je me sens pleinement en sécurité pour ma première traversée maritime. Le cap est Sud-Ouest, 225°. La mer scintille sous un soleil d’automne radieux, rendant cette première aventure maritime encore plus magique.
La traversée est d’un calme absolu. Je me sens comme suspendu entre ciel et mer, glissant vers ce petit bout de terre au loin.
Je prends conscience des risques de désorientations qu’il peut y avoir lorsque le ciel et la mer semblent se mélanger en une unique toile bleue, sans relief et sans profondeur.
À l’approche de l’île, je contacte la tour à la radio 3 minutes avant d’atteindre les Chiens Perrins, un récif dressé non loin de la côte de l’île qui fait office de point de repère.
La réponse arrive rapidement : on m’annonce qu’un avion s’apprête à décoller piste 32. Je surveille avec attention l’évolution de l’autre appareil pour garantir la sécurité.
Je suis la procédure d’approche standard : j’évite le survol de l’île et m’intègre par la pointe ouest de l’île du But.

Les choses se compliquent en finale. Un vent de travers, oscillant autour de 7 nœuds, perturbe ma trajectoire. Mon premier touché se révèle imprécis : même avec le troisième cran de volet, je suis trop long et la piste file sous mes roues. Je remets les gaz et entame un nouveau circuit. Lors du deuxième tour, je corrige mes erreurs. Les turbulences subsistent, mais cette fois, je parviens à poser l’appareil de manière propre et sécurisée. J’ai réussi ! Je suis fier de moi, mais déjà je remets les gazs pour conclure cette première étape de ma navigation.
Je repars en direction du continent grimpant à nouveau vers 4000 pieds.

Pour limiter le temps passé au-dessus de l’eau, je fais au plus court : mon prochain point de cheminement sera Saint-Gilles-Croix-de-Vie. Depuis mon altitude, la vue est spectaculaire : les eaux et le ciel se fondent d’un bleu azur. Sous mon appareil, les vagues laissent place à la terre et les côtes déroulent à nouveau leur splendeur naturelle.


Direction Les Sables d’Olonne
Lorsque j’arrive à l’aérodrome des Sables d’Olonne, l’ambiance est paisible. Le terrain fonctionne en auto-information et avant de m’intégrer dans le circuit, je réalise un survol à la verticale pour examiner attentivement l’état de la piste et évaluer la direction du vent. Après ces vérifications, je m’annonce en début de vent arrière pour la piste 24.

L’aérodrome présente des défis : une piste relativement courte avec ses 700 mètres de longueur, la brise marine qui vient jouer avec mes trajectoires et une ligne d’arbres plantés en bout de piste. Les marges d’erreur sont faibles et il faut garder une attention maximale. Mon premier passage est loin d’être parfait. En finale, je réalise que mon touché sera – pour changer – bien trop long. Juste avant d’atteindre le milieu de la piste, je décide de remettre les gaz et reprends de l’altitude.

Lors du second tour, je mets à profit l’expérience du précédent. En ajustant ma descente et en anticipant mieux ma gestion de vitesse, j’approche avec plus de maîtrise. Chaque seconde semble s’étirer alors que je m’aligne pour le touché final, conscient que la marge pour freiner reste limitée. Cette fois, tout se passe parfaitement. Je me pose en douceur et remets les gazs.
Un dernier coup d’œil à l’aérodrome des Sables, baigné dans une lumière dorée et je remets le cap sur La Baule. Encore un moment gravé dans ma mémoire.
Retour à La Baule : 100 km de ligne droite
En quittant Les Sables d’Olonne, je mets le cap plein nord, entamant une ligne droite de 105 kilomètres en direction de La Baule.
Immédiatement après avoir quitté la fréquence des Sables, je reprends contact avec le SIV de Nantes pour lui annoncer mes intentions. Le contrôleur m’annonce :
F-JBLF, montez 4000ft je coordonnerai le transit en TMA. Pour l’instant restez sur le trait de côte à cause d’une activité militaire sur votre gauche pendant encore 5-6 nautiques.
Instinctivement, je scrute le ciel, cherchant à repérer une silhouette d’appareil militaire, mais sans succès. Un Rafale, un A400M ou un Atlantique 2 m’auraient ravis mais ce sera pour une prochaine fois.
Le trajet retour est calme. Les paysages se succèdent et la fatigue commence à peser. Après près de deux heures dans les airs, le corps réclame du repos et le défi devient autant mental que physique : il faut maintenir une bonne vigilance.

Lorsque j’aperçois enfin La Baule se profiler à l’horizon, un mélange de soulagement et de satisfaction m’envahit. Je m’aligne sur la piste 11 pour un dernier atterrissage, concluant un vol qui, en plus d’avoir établi un nouveau record personnel de deux heures, marque une étape importante dans ma progression en tant que pilote.
Conclusion
Ce vol est bien plus qu’un simple trajet : c’est une collection de premières fois et un nouveau jalon dans mon expérience de pilote. Traverser la mer pour rejoindre l’île d’Yeu, gérer les subtilités des pistes aux Sables d’Olonne, ou simplement voler aussi loin et si longtemps. Autant de défis relevés avec succès.
J’arrive fatigué mais heureux et avec 20 minutes de retard sur l’horaire initialement prévu. Voilà un apprentissage de supplémentaire : plus un vol est long, plus la gestion du temps est complexe.
Ce type de vol représente bien pourquoi je suis passionné par l’aéronautique : pour ces moments uniques, ces apprentissages constants et cette fierté de savoir que chaque vol nous pousse à devenir un meilleur pilote.